• Prisons locales

    Prisons Thaïes

    Les prisons thaïlandaises ne renvoient pas une image des plus glamour, et leur réputation n’en fait pas un lieu de villégiature recommandé. Au pays du sourire, quand les barreaux se referment derrière vous, c’est une autre facette du pays que l'on découvre.
    Lors d’une conférence donnée à L’Université Thammasat, Danthong Breen, Président de l’Union pour les Libertés Civiles (UCL), la plus ancienne ONG en Thaïlande, a présenté un rapport décrivant l’univers carcéral en Thailande.
    En collaboration avec la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), l’UCL s’était fixé pour objectif en 2004 de faire un état des lieux de la peine de mort. Après avoir observé les conditions de vie dans la prison de haute-sécurité Bang Kwang, leur intérêt s’est élargi à l’ensemble du système carcéral.
    Depuis 2004, bien que l’ONG ait constaté des améliorations dans cette prison, la surpopulation carcérale reste endémique en Thaïlande, et les conditions de détentions d'une autre époque: en 2011 les hommes condamnés à mort doivent toujours porter 24 heures sur 24 des chaînes aux pieds.
    Le grand espoir vient malgré tout du fait que le gouvernement thaïlandais a promis d’abolir la peine de mort d’ici 2013 pour la remplacer par des peines de prisons à vie. Malheureusement, ils entendent prendre au pied de la lettre la sentence « prison à vie », imitant en cela le piètre modèle américain. Les détenus risquent donc de continuer à mourir en prison.
    "C'est un bon début nous dit Danthong Breen, mais s'ils continuent de les laisser enfermer jusqu'à la fin, ça ne change pas grand chose à la peine capitale."

    Une surpopulation endémique

    Les statistiques des prisons thaïlandaises sont effrayantes: en 2011, 224.292 personnes sont incarcérés en Thaïlande soit 331 personnes pour 100 000, plaçant la Thaïlande à la 25e place dans le classement mondial des taux de population carcérale, et à la deuxième place de l'ASEAN après l'ultra répressive Singapour.
    Le paramètre clé des prisons thaïlandaises, et qui est la source de la plupart des problèmes, est sans conteste la surpopulation carcérale. Les immenses dortoirs collectifs renforcent les problèmes d’hygiène, de santé, et le manque d’intimité, tout comme cela augmente le risque de violences entre prisonniers et l’impossibilité d’établir un suivi individualisé.

    Une majorité de détenus sont incarcérés pour des affaires liées à la drogue

    La surpopulation dans les prisons du Royaume est principalement due à trois facteurs : beaucoup trop de détentions préventives avant que le procès n’intervienne, parfois deux ans plus tard ; au regard des standards internationaux, certaines peines sont beaucoup trop sévères, cruelles et inutiles pour la société ; un manque criant de solution alternative à l’enfermement carcéral.
    Le taux d’occupation est de l’ordre de 230 %, donnant à la Thaïlande la huitième place mondiale des prisons les plus (sur)peuplées. Les plus de 200 000 prisonniers doivent se partager environ un mètre carré chacun pour dormir…
    Assez curieusement, pour les femmes, c’est encore pire. Elles sont encore plus serrées dans leurs dortoirs que les hommes. Une cellule de 12 mètres sur 19 peut contenir jusqu’à 200 prisonnières, ce qui fait dire à Danthong Breenq que:
    "Si l'une d'entre-elles venait à se lever pour aller aux toilettes durant la nuit, elle n’aurait de toute évidence plus aucune chance de retrouver une place pour dormir."

    Les couloirs de la mort

    Bien que très peu d’exécution continue à avoir lieu (moins de dix depuis huit ans), la condamnation à la peine de mort existe toujours en Thaïlande.
    Les condamnés qui patientent dans une aile spéciale de la prison de Bang Kwang sont isolés des autres détenus, maintenus au confinement et les chaînes aux pieds.
    Ce traitement est contraire aux lois internationales ainsi qu’à la loi thaïlandaise.
    Le statistiques des prisons thaïlandaises sont effrayantes: en 2011, 224.292 personnes sont incarcérés en Thailande soit 331 personnes pour 100 000 Encore plus cruel, le condamné à mort ne saura jamais l’année, le mois, le jour et l’heure de l’exécution. Il n’en sera informé que le jour où les gardiens viendront le sortir de sa cellule pour l’emmener se faire piquer dans la salle d’exécution, elle, climatisée.
    Inversement, au jeu des amnisties, des réductions de peines et du pardon royal, un détenu peut être libéré du jour au lendemain sans qu’il n’en sache trop la raison, c’est un petit peu la loterie.
    Certains sont condamnés pour des crimes graves, mais, selon un rapport du comité des droits de l’homme thaïlandais datant de 2005, 70% des quelques 800 condamnés à mort l’étaient pour trafic de drogue, la plupart étant non pas de grands trafiquants mais de simples livreurs ou courtiers.
    Une majorité de détentions liées à la drogue Indépendamment des condamnés à morts, les prisons thaïlandaises sont remplies d’individus mis en détention pour des faits liés à la drogue.
    Ils ne représentent pas moins de 57% de l’ensemble de la population carcérale, un tiers d’entre eux ayant moins de 25 ans.
    Système répressif à souhait, la réhabilitation ou des peines aménagées n’existent tout simplement pas. Curieusement, les détenus convaincus de méfaits liés à la drogue sont les moins bien traités dans les prisons.
    Des droits dont peuvent bénéficier d’autres types de prisonniers ne leur seraient pas accordés, sans compter d’éventuels punitions qu’ils recevraient plus fréquemment comme les coups, porter des chaînes, effectues et le système judiciaire thaïlandais.
    Les meurtriers seraient finalement mieux traités que les trafiquants de drogue: l'homicide serait presque considéré comme un "métier" plus honorable dans l'échelle de valeurs carcéral.

    230 baht pas mois

    Tout comme les hommes, les femmes peuvent travailler dans des usines situées dans l’enceinte de la prison, à condition que leur jugement ait déjà été prononcé.
    L’exploitation de leur travail est frappante eu égard à leurs salaires de 700 bahts tous les 3 mois !
    Selon Danthong Breen, "c'est pire que les hommes pour les femmes je crois parce qu'elles ne protestent pas, donc rien ne change".
    Tout n’est pas si terrible dans la prison pour homme de Bang Kwang.
    En effet, contrairement à bon nombre de pénitencier français, la vie des détenus ne se limite pas à une longue discussion avec les murs en béton. Durant la journée, les détenus peuvent sortir dehors, se promener sous les palmiers, cultiver quelques fruits et légumes, jouer au foot, faire un peu de commerce, étudier, travailler.
    Surtout, en comparaison avec les prisons standards européennes, les prisonniers sont moins seul socialement et plus libres dans leurs mouvements dans la journée.
    Les étrangers, notamment des « farangs », font partie de la population carcérale en Thaïlande, souvent pour des délits liés à la drogue.
    Bon nombre de livres à sensation sur cette expérience ont d’ailleurs été écrit sur le sujet par ceux qui ont passé quelques temps dans ces lieux.
    Leur vie à l’intérieur des geôles thaïes n’est pas en soi différente de celle des locaux. Ils partagent les mêmes dortoirs que les détenus thaïlandais et se plient aux mêmes règles. Cette promiscuité peut être ainsi encore plus difficile à vivre pour un occidental habitué au confort, et qui soudainement tombe au niveau de vie d’une famille pauvre de l’Isan.
    Contrairement aux locaux, les détenus étrangers n'ont pas le droit de travailler, donc de gagner un peu d’argent.
    Pour les cas de ceux qui n’ont pas de famille ou dans les cas des très longues peines, cela devient très difficile de simplement survivre puisque l’administration pénitentiaire ne fournit quasiment rien aux prisonniers, si ce n’est une nourriture de piètre qualité en comparaison avec la qualité gastronomique du pays.
    Pour remédier à ce manque criant de ressources, Danthong Breen a décidé de mobiliser les États européens sur le sujet de leurs ressortissants emprisonnés à l’étranger.
    Dans une lettre adressée au Conseil de l’Europe et à ’Union Européenne, il préconise que chaque pays octroie 30 Euros par mois à chacun de leur citoyen en prison à travers le monde.
    Ce petit revenu mensuel ne devrait pas grever les budgets nationaux et permettrait à bon nombre de détenus isolés tant financièrement que socialement de bénéficier d’un peu d’aide extérieur.
    Surtout, le président de l'UCL nous assure que "cela permettrait à certains de retrouver un niveau de vie un peu plus digne à l’intérieur des barreaux".

    « Bang Kachaotv rouge »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :