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Explosions

Les Chemises rouges accusées d'un plan de déstabilisation

La police thaïlandaise a accusé lundi les Chemises rouges, puissant mouvement populaire de soutien au gouvernement déchu par un coup d'Etat, de fomenter un vaste plan de déstabilisation du régime militaire en place, leur imputant l'explosion d'une grenade ce week-end à Bangkok.
Le porte-parole de la police nationale, Prawut Thavornsiri, a confirmé l'arrestation de deux suspects après cette explosion près d'un tribunal.
Le tribunal militaire de Bangkok a approuvé lundi des mandats d’arrêt pour trois suspects, deux femmes et un homme.
"Selon notre enquête, ils sont liés aux Chemises rouges", a-t-il assuré.
Il s'agit du "même réseau" à l'origine de l'explosion le 1er février de deux petites bombes devant le centre commercial Paragon à Bangkok, a assuré le chef de la police, Somyot Poompanmoung.
"Les suspects sont liés à de nombreux anciens hauts responsables du gouvernement", a ajouté le porte-parole du gouvernement, Sunsern Kaewkumnerd, déterminé à "empêcher des attaques à grande échelle planifiées à travers le pays".
Le cousin des deux anciens Premiers ministres déchus, Yingluck et Thaksin Shinawatra, l’ex-chef de l’armée Chaiyasith Shinawatra, a dû s’expliquer lundi après que les enquêteurs ont trouvé son numéro de téléphone dans le calepin de l’un des deux suspects. Selon le journal Khaosod, il aurait avoué connaitre l’homme qui a jeté la grenade samedi lorsque ce dernier était venu lui demander de l’aide.
Ces accusations contre les Chemises rouges interviennent alors que la loi martiale, mise en vigueur deux jours avant le coup d'Etat du 22 mai 2014 au motif de prévenir les violences, est de plus en plus critiquée comme étant surtout un moyen d'empêcher les manifestations.
Les Chemises rouges sont un mouvement populaire de soutien au clan Shinawatra, mais leur capacité de résistance au coup d’Etat a été neutralisée, les dirigeants ayant été mis sous surveillance rapprochée par les militaires putschistes et menacés de sanctions sévères s’ils organisent des rassemblements politiques.
Promptes à descendre dans la rue par milliers par le passé, les Chemises rouges, fidèles de l'ancienne Première ministre Yingluck Shinawatra, ont démenti toute implication dans ce tir de grenade.
"Qui profitera de cet incident? Pas nous", a lancé sur la chaîne PeaceTV Jatuporn Prompan, le chef de ce mouvement qui compte de nombreux partisans dans le nord et le nord-est du pays, fief électoral des Shinawatra.
Par le passé, les différents camps politiques se sont accusés mutuellement de semer le trouble par la violence. Pendant les mois de manifestations de rue de fin 2013-début 2014, plusieurs bombes ou grenades avaient explosé à Bangkok, faisant plus de 25 morts.
Le chef de la junte a saisi l'occasion de cette explosion pour justifier une fois de plus son coup d'Etat, alors que l’opinion fait pression pour que la loi martiale soit levée. "Si je n'avais pas pris les choses en main, il y aurait eu plus de violences", a martelé lundi Prayuth Chan-O-Cha.
"Ceux qui ont perpétré ces attaques veulent provoquer la panique et le chaos… afin de faire savoir au public qu’ils existent encore," a-t-il ajouté, refusant toutefois de faire directement le lien avec les Chemises rouges.
Cette affaire intervient alors qu'un projet de nouvelle Constitution est très controversé, malgré la loi martiale.
Habituellement prudent, le chef du parti Démocrate (conservateur), Abhisit Vejjajiva, est allé jusqu'à décrire ce projet comme "un vol de la démocratie", dans une interview lundi au journal local Bangkok Post.
Il donnerait en effet plus de pouvoir à un Sénat entièrement composé de membres non-élus et le poste de Premier ministre ne dépendrait pas des résultats des élections.
"Ce projet de Constitution essaye de créer un système visant à préparer la voie à un Premier ministre non élu", a dénoncé lui aussi le Puea Thai, le parti des Shinawatra, qui remportent toutes les élections nationales depuis 2001, au grand dam des élites traditionnelles comme l'armée.
Celle-ci a réalisé son coup d'Etat au nom de la protection de la monarchie, alors que le roi, âgé de 87 ans, est hospitalisé depuis des mois, faisant craindre une transition.

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