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Attaques séparatistes, exactions militaires, règlements de compte, la province de Pattani fait parler d’elle à travers une actualité violente qui trouve ses racines dans un vieux conflit entre le Royaume de Siam et ce qui fut le Sultanat de Pattani, perçu comme l’un des berceaux de l’Islam dans la région.
La province de Pattani, dans le sud de la Thaïlande, est peuplée majoritairement de musulmans d’ethnie malaise. Elle compte 700.000 habitants, et son chef-lieu, Pattani, un peu plus de 45.000. Pattani est une ville au rythme tout ce qu’il y a de plus provincial.
La vie s’y écoule lentement, le centre s’animant autour de la rivière, dont les berges ont été réaménagées et accueillent des étals de nourriture à la tombée de la nuit.
A quelques kilomètres, des étudiants discutent avec nonchalance sur les pelouses manucurées du campus de l’Université Prince of Songkhla.
Pattani pourrait être une province comme les autres si elle ne se trouvait au cœur d’un des conflits les plus meurtriers que connait la Thaïlande contemporaine, opposant la population locale et le pouvoir central de Bangkok.
Ce conflit, qui ébranle l’extrême sud du royaume depuis 2004 a fait jusqu’ici plus 6.500 morts sans compter les victimes collatérales (s’intensifiant en violence, avec des groupuscules revendiquant l’autonomie) si ce n’est l’indépendance des trois provinces de Narathiwat, Pattani et Yala. Au cœur de cette revendication, il y a l’idée de ressusciter l’ancien Sultanat de Pattani, qui couvrait jadis les trois provinces annexées au début du XXe siècle par le Siam bouddhiste.
Les légendes sont ainsi nombreuses autour de la cité. Dans la mémoire collective, de part et d’autre de la frontière fixée arbitrairement en 1909 entre l’administration britannique des Etats Fédérés Malais et le Royaume du Siam, le peuple malais considère Pattani comme l’un des berceaux culturels de son identité.
On dit que l’une des premières traductions du Coran en jawi (la langue malaise transcrite en caractères arabes) aurait été initiée par la cour du Sultan de Pattani. Cœur spirituel donc pour les Malais, qui met le gouvernement central de Bangkok en porte-à-faux. La centralisation de la vie politique siamoise - amorcée au milieu du XIXème siècle - s’est accompagnée d’un déni des identités régionales pour former cette nation thaïe "égalitaire".
Reconnaître aujourd’hui le rôle particulier que joue Pattani dans l’histoire collective des Malais serait une remise en question du socle sur lequel repose l’identité de la nation thaïe et implicitement, reconnaître que les habitants de l’extrême sud ne sont pas Thaïs… Il reste donc à Pattani que de rêver à sa grandeur passée.
Un rêve qu’a caressé pendant longtemps le dernier fils du Sultan de Pattani, Tengku Sulaiman, interdit de séjour dans les provinces du sud mais qui, entre les années 80 et la fin des années 90, a tenté de trouver une solution au conflit déchirant les trois provinces.
Le vieil homme, plutôt affable et drôle, a passé sa vie dans le Kelantan voisin, dont la dynastie royale est parente de celle du Sultan de Pattani. De Kota Bharu, le fils de l’ancien Sultan, souhaitait en fait créer une fondation axée sur la culture, qui aurait redonné un peu de lustre au glorieux passé de Pattani.
"J’ai même été en contact avec l’entourage de son altesse royale, la Princesse Sirindhorn, pour travailler sur ce projet culturel, qui serait géré en commun par les deux pays", racontait-il dans une interview en 2006.
La fondation aurait ainsi permis de préserver l’identité des Malais de Thaïlande et de leur rendre un peu de leur fierté historique. Une décennie a passé et Pattani reste toujours plongée dans sa torpeur provinciale, malheureusement secouée par les attentats…